Ingénierie et Conseil en Cognitique

Ingénierie et Conseil en Cognitique

0%

Vous manquez cent pour cent des tirs que vous ne tentez pas.

Wayne Gretzky

Tests utilisateurs et agilité

Si les tests utilisateurs représentent l’un des mécanismes incontournables dans l’évaluation d’une interface, leur utilisation classique est-elle appropriée dans tous les types de projets ?

Tests utilisateurs habituels

Définition

 

Le test utilisateur ou test d’utilisabilité est un outil ergonomique permettant l’évaluation d’une interface. Il consiste en l’observation d’utilisateurs interagissant avec cette interface, qui leur est inconnue.

Chaque utilisateur reçoit les mêmes consignes d’actions à effectuer, qui correspondent à des scénarios type d’utilisation du système. Cela permet d’identifier clairement les problèmes liés à l’interface à partir des difficultés rencontrées par l’utilisateur.

3 types de mesures sont effectués lors de tests utilisateurs :

  • Efficacité : les objectifs des scénarios sont-ils atteints ?
  • Efficience : quelles sont les ressources nécessaires pour atteindre ces objectifs ?
  • Satisfaction : le système est-il agréable à utiliser ?

Le test utilisateur est considéré comme la méthode la plus performante pour améliorer l’utilisabilité d’un système. Il est cependant complexe et long à mettre en place et nécessite  en moyenne 10 à 15 participants.

Difficultés dans les contextes agiles

 

Les tests utilisateurs classiques constituent cependant un blocage au passage à l’expérience utilisateur agile. En effet, préparer les tests, faire passer une dizaine de participants, puis analyser les données pour arriver à un ensemble de résultats prend un temps considérable, parfois plus que le temps d’un sprint.

En conséquence, les testeurs se retrouvent obligés de se dissocier du reste de l’équipe et travailler un ou plusieurs sprints en amont ou en aval. Or cette situation crée de nombreux problèmes, les membres de l’équipe de développement ne se sentant pas concernés par les tests qui évaluent des fonctionnalités sur lesquelles ils ne sont pas en train de travailler :

  • Si l’équipe de développement pense qu’elle a fini avec cette partie du travail, les résultats des tests peuvent finir ignorés même si l’équipe UX crée beaucoup de documentation pour les communiquer.
  • Si le test porte sur des prototypes pour les sprints futurs, tout le produit pourrait avoir changé de direction au moment où l’équipe de développement travaille sur les fonctionnalités testées.

Les tests utilisateurs restent cependant indispensables pour évaluer une interface.

Une solution : le guerilla testing

Principe

 

 

La méthode de « guerilla usability testing » s’est révélée être une technique facile à mener pour affiner l’expérience utilisateur et compatible avec les contextes agiles.

Elle aide en effet à détecter rapidement les plus graves problèmes d’une interface, tels que les problèmes de fonctionnement et de compréhension.

Le principe est de choisir un « jour des tests », c’est-à dire un jour où chaque semaine des tests sont réalisés. Ce jour des tests devient un point de validation rapide des corrections et des nouveautés apportées à l’interface et les équipes adaptent leur productivité à cette cadence. Les semaines où ces tests ne sont pas faisables (par manque de temps par exemple), une mini-étude automatique en ligne permet de maintenir le flux d’informations jusqu’au prochain jour de test.

Pratique

 

Recruter 3 personnes est suffisant pour un guerrilla test, puisque de nouveaux tests sont effectués toutes les semaines. Le nombre optimal de participants est entre 3 et 5 personnes, ce qui représente un moindre coût en comparaison avec des sessions de tests avec une dizaine de participants, qu’on récompense généralement à hauteur de 30 à 40 € par personne.

Cela permet donc de valider ou invalider le produit à moindre coût mais aussi de mettre en évidence pour l’équipe les prochains points sur lesquels se concentrer. Cela représente également un gain de temps puisqu’une demi journée suffit pour faire passer les tests.

Il est conseillé de ne pas hésiter à montrer tout ce qui est prêt, les utilisateurs réagissant à tout ce que l’on met devant eux. La réaction différera forcément en fonction de ce que l’objet est, ou de sa fidélité, mais cela permet tout du moins d’obtenir quelques commentaires. Tout retour de la part des utilisateurs a de la valeur t le principe est de tester les choses le plus tôt possible.

Ensuite, la faible échéance implique de rendre rapidement les résultats des tests au reste de l’équipe, de préférence sur un support visuel comme un diaporama. Ce rapide compte-rendu est l’occasion de résumer les problèmes découverts et de donner des recommandations pour les réparer rapidement.

Validité

 

Il ne faut pas croire que le guerilla testing retire la rigueur des protocoles de tests. En effet, un test utilisateur “en mode guérilla” est très similaire à un test d’utilisabilité traditionnel dans sa préparation. Il convient de définir une population cible pour les tests, être rigoureux dans le choix des profils testés, décider de la façon dont les comportements des utilisateurs seront mesurés, construire un plan de test bien cadré, des scénarios de test, demander aux participants de s’engager dans un protocole verbal, etc.

Cela rend donc ces tests tout aussi valides que les tests classiques.

Un exemple : la méthode RITE


Une démarche de guerilla testing intéressante est la
méthode RITE (Rapid Iterative Testing and Evaluation), définie formellement par les équipes de développement de Microsoft Games Studio. Si elle est très utilisée de nos jours et existe depuis un certain temps, elle reste à ce jour peu documentée.

Présentation

 

RITE est une méthode rapide et itérative de test et d’évaluation d’une interface.

Son déroulement est simple : suite à des tests utilisateurs, des problèmes sont détectés. Si la solution y répondant est évidente, l’interface est corrigée si possible dans la foulée et les solutions implémentées sont testées par les utilisateurs suivants. Les problèmes détectés pour ce système ainsi amélioré sont notés et corrigés immédiatement, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’une forte proportion d’erreurs ait été corrigée. Ce cycle continue généralement jusqu’à ce que 5 utilisateurs à la suite ne rencontrent aucun problème. Ainsi, au lieu de réaliser des tests standardisés sur une même version du système, celui-ci va être corrigé et amélioré en continu.

 

 

Autrement dit, une modification peut s’opérer suite au passage du 1er participant, et être testée, vérifiée avec tous les suivants : ce type de tests apporte ainsi une valeur réelle et immédiate !

Pour ou contre ?

 

Les avantages de la méthode RITE sont donc nombreux, en particulier son efficacité dans le traitement des problèmes et la vérification immédiate des solutions implémentées, qui permettent d’exploiter au mieux la richesse du nombre de participants.

Elle répond également parfaitement aux exigences des projets d’aujourd’hui et est d’ailleurs très appropriée dans les contextes Agiles, comme SCRUM notamment.

Une question subsiste pourtant : les problèmes que rencontrent un petit nombre d’utilisateurs sont-ils généralisables à tous les autres utilisateurs ? En effet, les problèmes sur lesquels 3 participants ont pu se heurter pourraient ne plus jamais être rencontrés. Ils peuvent être exceptionnels et ne pas représenter le véritable phénomène d’intérêt.

Cette méthode reste donc audacieuse et convient aux fins observateurs expérimentés dans la pratique des tests utilisateurs. En effet, elle se doit d’être exécutée avec précision pour obtenir les résultats escomptés et ne pas perdre du temps sur des problèmes marginaux.

 

Un exemple concret d’application de la méthode RITE sera traité dans le prochain article sur ce sujet, prouvant que cette démarche est tout aussi valide que des tests utilisateurs classiques. Cet article sera publié le 24 Octobre.

 

Sources

L'auteur

Louise Mathieu
Louise MATHIEU

Contact

Besoin d'informations supplémentaires ?